Malgré le fait que j’ai toujours écrit ce blogue en anglais, j’ai reconnu dès le début de ce projet l’importance d’en proposer une version française. L’histoire se déroule, après tout, dans une région où se trouvent des institutions francophones, et ça aurait fait drôle qu’un Franco-Ontarien n’en parle qu’en anglais. Techniquement, la version française, Pour Anya, est une traduction, mais je dois aussi reconnaître que Dear Anya comprend quand même plusieurs passages traduits, notamment des correspondances et des conversations. C’est une histoire racontée, en réalité, en deux langues - à l’image de mon quotidien.

Il est généralement reconnu qu’une bonne traduction ne traduit pas littéralement les mots, mais qu’elle en transmet le sens et le contexte. En faisant ma propre traduction, j’ai pu aller encore plus loin : traduire les sentiments que j’éprouvais, qui ne s’expriment pas toujours exactement de la même façon en anglais et en français.

Vous aurez sans doute remarqué que le titre n’est pas exactement le même en anglais et en français. Pourquoi Pour Anya plutôt que Chère Anya? Pourquoi avoir précisé qu’il s’agit de deuil périnatal en français? Le deuil périnatal est une expression plus courante en français, là où l’anglais privilégie pregnancy and infant loss. Même si la définition statistique de la mortalité périnatale est plus restreinte (elle vise généralement la période allant de 20 semaines de grossesse aux sept premiers jours suivant la naissance), le sens courant du deuil périnatal englobe toutes les formes de pertes, y compris celles survenues plus tôt pendant la grossesse.

Quant au titre… oui, peut-être qu’une lettre commencerait techniquement par « Chère », mais ce n’est pas ainsi que j’aurais écrit à ma fille, ni la façon dont je me serais adressé à elle en français, même dans ma tête. En fin de compte, ce que je voulais que le titre exprime, c’était la raison pour laquelle je livrais ce témoignage. C’est Pour Anya.

La traduction réserve aussi des défis intéressants et imprévus. Une phrase en particulier m’a pris plus de temps que les autres, parce que j’essayais de préserver ce jeu de mots d’une manière ou d’une autre :

“I wrote on Father’s Day in 2015 how glad I was to have fulfilled two different sets of duties on that day in back-to-back years: picking out a gravestone for Anya in 2014 and picking boogers out of William’s nose in 2015.”

J’ai été fier d’arriver finalement à :

« Le jour de la fête des Pères 2015, j’ai écrit à quel point j’étais heureux d’avoir accompli deux tâches très différentes ce jour-là, deux années de suite : loger la mémoire d’Anya sous une pierre tombale en 2014 et déloger les crottes de nez de William en 2015. »

Même une fois satisfait de la traduction, j’ai découvert que j’en avais encore beaucoup à apprendre pour terminer la mise en page. Je ne savais pas vraiment à quoi servaient les espaces insécables, mais je l’ai vite découvert en voyant à quel point les espaces exigés en français (qui ne sont tout simplement pas là en anglais, notamment à l’intérieur des guillemets) pouvaient provoquer des retours à la ligne étranges lorsqu’ils n’étaient pas insécables. Après avoir passé plusieurs, plusieurs heures sur ce genre de détails, j’ai même commencé à me demander si la version anglaise était à la hauteur de la version française. Et c’est à ce moment-là que j’ai décidé que j’avais atteint le niveau de qualité que ce livre méritait.

Au final, je suis très fier des deux versions.